« Mais Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez, les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. » »
– Matthieu 20:25

C’est en relisant certains passages clefs de la Bible que peu à peu a germé en moi cette idée de lier ma récente conversion à mon idéal anarchiste qui était déjà présent dans ma proximité avec la pensée mutualiste de Pierre-Joseph Proudhon, lui-même croyant.

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Depuis longtemps, de nombreux penseurs ont pu concilier leur foi et leur soucis du bien-commun comme Jacques Ellul, Félix Ortt et Simone Weil. Au contraire de tout ce que vous avez pu lire ou croyez connaître du christianisme, l’essence de ce dernier – présent dans le message des Évangiles – est intimement un cri de révolte des petits, des miséreux et des humbles contre les pouvoir établis qui les accablent.

L’anarchisme chrétien est donc une doctrine qui se fonde, d’un point de vue politique, sur la notion de « révolution personnelle » par le changement de chaque individu. D’un point de vue religieux, il se fonde sur une relation principalement directe et personnelle avec Dieu. C’est l’esprit de l’Évangile qui bouscule les sociétés et les ordres, c’est, génération après génération, et toujours à recommencer, la remise en cause évangélique, radicale, de toutes les inégalités, de toutes les injustices, de toutes les oppressions de toutes les tiédeurs, de tous les conforts, de toutes les bourgeoisies de tous les temps, au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité non-négociables de chaque être humain en tant que « fils de Dieu ».
C’est en réalité face à une Église apostolique et romaine qui depuis son affirmation au IVe siècle a bien souvent transigé, au cours de son histoire, sur l’aspect révolutionnaire du message du Christ, une vision proche de celle qu’avaient les premières communautés chrétiennes.

Surtout, ça rejoint l’existentialisme chrétien qui considère que chaque personne doit faire individuellement les choix qui réalisent sa propre existence dans le but d’arriver dans une situation de contemporanéité avec le Christ et de réaliser son message dans le corps social. La pensée de Kierkegaard à ce sujet, permet de sortir du débat qui anime la chrétienté depuis la fin du XVIIIe siècle, à savoir l’opposition entre l’orthodoxie théologique et le libéralisme théologique en affirmant que la foi chrétienne doit se percevoir, avant toute définition doctrinale ou dogmatique, comme la situation de contemporanéité du croyant avec Jésus. Selon Kierkegaard :
« Par rapport à l’absolu, il n’y a qu’un seul temps : le présent ; celui qui n’est pas contemporain de l’absolu, pour lui l’absolu n’est rien du tout. Et puisque Christ est l’absolu, on voit facilement qu’il n’y a par rapport à lui qu’une seule situation : la contemporanéité. »
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Certes il s’agit de réfuter, comme tout autre défenseur de l’anarchisme au sens d’an-arkhé, c’est-à-dire d’absence d’autorité, et non au sens courant d’une absence d’ordre, la domination des pouvoirs temporels dont l’État est le plus abject représentant mais plus encore s’agit-il de s’appuyer sur un refus total du recours à la violence en lui préférant l’insoumission au pouvoir terrestre, essentiel dans la conception chrétienne.

L’anarchisme chrétien va même plus loin, il considère que le christianisme est incompatible avec le capitalisme et le système-argent : « Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (Matthieu 19:24). Il considère aussi que l’homme est une essence incomplète et qu’il peut se jeter dans son existence individuelle et libre pour trouver le don de Dieu, seul véritable pouvoir qui demande une inféodation unique. L’évêque chrétien Hélder Câmara disait :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

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À propos de l’auteur

L'anarchiste tory le plus cool du web. Promoteur de common decency dans les dents du libéralisme. Je lutte pour une union du souverainisme et du socialisme

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