Juste pour revenir là-dessus un instant ; je vois sans arrêt des gens se taper dessus et invoquer des réflexes ci de gauche, là de droite, comme des incantations qui témoigneraient de la bonne moralité de droite ou de gauche de l’intéressé.

On a l’impression d’un spectre politique qui serait divisé en deux pôles distincts et relativement monolithiques : la gauche progressiste et la droite conservatrice. Or, ce n’est pas le cas et de nombreux exemples viennent mettre bas cette idée un peu simpliste. J’ai cité Dionys Mascolo : « Le contraire d’être de gauche, ce n’est pas être de droite, c’est être révolutionnaire. » Pour lui – en tant que militant communiste assez hétérodoxe – son activité s’envisage en dehors de la chambre des députés et de son cadre qu’il estime bourgeois. Mais concrètement, à travers l’histoire, on se rend bien compte que deux groupes de gauche ou de droite peuvent avoir des intérêts qui divergent, quand bien même on les rangerait dans le même bord. Je pense par exemple à la France d’après la défaite de juin 1848 (pour reprendre les mots de Karl Marx) qui voit une aristocratie financière supplanter la bourgeoisie industrielle, comme le souligne Karl Marx dans Les luttes de classes en France :

« La bourgeoisie industrielle proprement dite formait une partie de l’opposition officielle, c’est-à-dire qu’elle n’était représentée que comme minorité dans les Chambres. »

Pourtant, si l’on songe à la division gauche/droite, il va de soi que tant la bourgeoisie industrielle que l’aristocratie financière sont de droite selon l’idée communément admise de ce qu’est la droite ; capitalistes et financiers en font partie. Un autre exemple pourrait être celui dont Guillemin parle brièvement dans une conférence à propos du fascisme en France dans laquelle il revient sur les évènements majeurs du XIXe siècle. À propos de Jules Ferry (à partir de 14mn 40sec), Guillemin explique que la laïcité voulue et appliqué par celui-ci et qui se voulait de gauche – il représentait le centre-gauche – au-delà de sa justesse, avait aussi pour but d’enseigner le respect des hiérarchies sociales. Ce respect des hiérarchies sociales venait remplacer le respect et l’enseignement des valeurs chrétiennes défendues par la loi Falloux.

On voit bien que même si les Lois Jules Ferry sont bel et bien de gauche, elles accusent des éléments conservateurs, qu’on qualifierait volontiers, de droite. Cela rejoint l’idée de Mascolo selon lequel « la distinction gauche droite […] sert à distinguer entre eux des bourgeois ». Mais de manière plus générale, il parait évident que la droite conservatrice a peu de chose à voir avec la droite libérale sur certaines questions, tout comme nos bourgeois issus de l’industrie avaient peu de choses à voir avec la haute-bourgeoisie financière en 1848. De la même manière, on trouve nombre de différents sur l’aile gauche de l’échiquier politique et je dirais même qu’en certains points la gauche intersectionnelle est plus proche de la droite libérale que de la gauche marxiste orthodoxe, par exemple. En matière d’économie on est donc confrontés à ce genre de comportements :
Est-ce-à-dire que la gauche intersectionnelle acquise au capitalisme n’est pas de gauche ? Non, je ne le pense pas en fait, mais il s’agit d’une gauche que Marx et Engels qualifiaient de conservatrice ou bourgeoise (sur le plan économique il s’entend, pour le reste ils sont progressistes).

À propos de l’auteur

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