Dans mon précédent article sur le goulag, j’ai introduit des éléments de la pensée de Gramsci, notamment le concept d’hégémonie culturelle que j’ai abordé sans le développer par ailleurs. C’est ce que je vais faire ici pour expliquer comment le libéralisme-libertaire et toute l’idéologie de la gauche molle ne visent qu’à servir la bourgeoisie et son maintien au pouvoir.

À bien des égards, Gramsci se distingue du marxisme orthodoxe pour développer des outils d’analyse nouveaux. L’hégémonie culturelle a été théorisée par Gramsci afin d’expliquer pourquoi les premières révolutions socialistes n’ont pas eu lieu dans l’un ou l’autre des pays industrialisés de l’ouest, mais dans un pays largement en retard sur l’Occident, comme je l’expliquais dans l’article sur le goulag.

Ainsi Gramsci propose une analyse peu orthodoxe des rapports entre superstructure et infrastructure à propos desquels j’ai déjà parlé :

 

L’article entier est disponible ICI.

Ainsi pour Gramsci, la cause de cette difficulté à engrainer un mouvement révolutionnaire en Occident tient pour bonne partie dans le fait que la culture bourgeoise y a développé une telle hégémonie dans la culture, que tous ses aspects en sont verrouillés et agissent directement sur les sujets, bourgeois comme prolétaires ; presse, télévision, art et même école dont la fonction sociale a été – entre autres choses – de normaliser l’état des rapports de production au sein de la société capitaliste.

Il est donc impossible de mener à bien une révolution violente en Occident. Il faut, pour y prendre le pouvoir, entamer la Guerre de position, soit une lutte acharnée au sein même des institutions et dans les sphères culturelles et faire basculer le rapport de force en sa faveur.

Après quoi vient la Guerre de mouvement qui consiste cette fois en l’insurrection du bloc révolutionnaire, désormais en position dominante. En somme, il faut remporter la bataille des idées pour remporter la bataille politique.

D’ailleurs, il considérait la prise de pouvoir progressive de l’Église catholique comme un exemple parfait de guerre de position. Je suis d’ailleurs en train de lire Quo Vadis ? qui illustre assez bien cette idée. Je vous le conseille vivement.

Si on regarde l’état actuel des sociétés occidentales, on pourrait ainsi croire que les mouvements post-modernistes sont en passe de remporter le pouvoir via une guerre de position rondement menée.

J’en veux pour preuve les idées rabâchée dans des médias populaires auprès des jeunes générations : Konbini, Slate, Buzzfeed ou encore le clownesque AJ+ dont le cas est assez singulier, et même France Info.

Or c’est faux ; puisque leur idéologie est libérale, ils sont déjà au pouvoir. Ce ne peut donc pas être un mouvement révolutionnaire.

Leur rapport à la contrition – qu’on peut juger étonnant – n’est rien d’autre que le fruit de l’hégémonie culturelle des Etats-Unis par ailleurs :

Ce mouvement est transgressif, c’est-à-dire qu’il aura pour fonction – sans doute inconsciente par ailleurs – d’éparpiller et de diluer les luttes sociales. Ce n’est donc pas un retournement de l’hégémonie culturelle bourgeoise, mais son évolution. Le stade woke du capitalisme.

Des idées comme le privilège blanc, la masculinité toxique, la non-binarité et de manière générale le mythe de la « déconstruction » (contrition/déconstruction) ne font qu’alimenter des conflits qui font les affaires du Capital.

Ce qui est déplorable à bien des égards, car ces concepts phagocytent des combats importants contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et j’en passe, auxquels le marxisme apporte des grilles d’analyse et de lutte pertinentes. En somme, des outils pour remporter la guerre de position.

PS : Pour les anglophones, vous pouvez suivre le compte Twitter @WokeCapital, qui est très à propos.

À propos de l’auteur

Amateur d'art, d'esthétique et de culture, pourfendeur de fans de k-pop.

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