Si vous traînez un peu sur internet vous avez sans doute déjà vu un internaute accuser quelqu’un d’être un fasciste/facho. Ce mot est très utilisé à gauche et nous allons donc voir ses différents usages.

La définition originelle est celle des partisans du régime fasciste italien, dont les doctrines sont très clairement définies dans La doctrine du fascisme de Benito Mussolini. Puis par extension d’autres mouvements européens considérés comme étant d’inspiration fasciste bien qu’il y ait beaucoup de particularismes nationaux d’un mouvement à un autre. Emilio Gentile souligne très justement Je ne tenterais pas d’essayer de définir la doctrine fasciste, les historiens débattent encore de cela aujourd’hui et à ce sujet je vous conseille l’excellent Qu’est-ce que le fascisme ? d’Emilio Gentile souligne que si pour les marxistes-léninistes il y a un komintern (IIIe Internationale) qui permet une ligne politique internationale à suivre pour les communistes de tous les pays, il n’y a à l’inverse pas de « fascintern » c’est-à-dire pas d’Internationale fasciste. Il faut donc trouver des points communs aux mouvements fascistes malgré leurs particularismes nationaux.

Il y a aussi la définition de Clouscard qui, comme beaucoup de marxistes, considère que le fascisme est simplement un moyen de sauver le capitalisme en temps de crise, avec un fort nationalisme et un anticommunisme exacerbé et un fort autoritarisme qui cassent la conscience de classe et permettent d’éviter une révolution communiste, et du militarisme qui relance l’industrie par énormément de commandes d’Etat. C’est de ce contexte de capitalisme en crise que les idées fascistes vont se développer chez les populations qui ont le plus intérêt à éviter une révolution. Cette définition du terme « fascisme », c’est-à-dire une définition qui prenne en compte un ensemble de doctrines et prenne en considération le contexte histoire, pour beaucoup des gens que j’ai interrogés c’est la seule valable et suspecter n’importe qui de fascisme aujourd’hui n’a donc plus aucun sens vu que les idéologies fascistes disparaissent de plus en plus en Europe de l’Ouest.

Mais depuis quelques années, une deuxième définition est apparue. Deuxième définition très large qui englobe à peu près toute la droite, et plus précisément la droite populiste et/ou eurosceptique et antilibérale. Selon Google un fasciste est soit un partisan du fascisme italien soit le partisan d’un régime autoritaire, conservateur ou réactionnaire.  C’est une vision qui colle pas mal à celle de Dave Sheik, Youtubeur qui fait de la vulgarisation historique comptabilisant aujourd’hui près de 214 000 abonnés. La seule vraie différence entre sa définition et celle de Google c’est qu’il fait la différence entre « fasciste » qui est pour lui les partisans du fascisme italien et « facho » qui est quelqu’un tenant un discours de « droite dure discriminant ». Voici son tweet :

Venant d’un vulgarisateur en histoire c’est extrêmement inquiétant. Notez d’ailleurs le nombre de likes pour une réponse aussi pauvre.

La faute au nazisme puis aux discours à la SOS Racisme contre Le Pen, la première chose que la plupart des gens imaginent quand on parle de fascisme, c’est juste le racisme et autres discriminations. Et évidemment on a tendance à penser que ce racisme a des origines nazies, alors qu’il existe une variété de théories racistes aux origines et différentes. Parfois, le racisme est même la seule doctrine qu’ils prêtent au fascisme. Plus largement, avec tous les néoconservateurs qui gravitaient autour de Jean-Marie Le Pen et aujourd’hui autour de Marion Maréchal, toute idéologie pouvant avoir des passerelles avec le fascisme est considérée comme elle aussi fasciste. On crée même le terme « rouge-brun » qui permet de très facilement amalgamer des gens de gauche aux mouvements fascistes. Et avec les réseaux sociaux, les accusations de fascisme sont contagieuses.

Et là vous êtes peut-être en train de vous dire : « Je ne suis pas un partisan du régime mussolinien, je ne suis pas de droite, et je veux débattre avec tout le monde. Bref aucune de ces définitions ne colle pourtant ont m’a mainte et mainte fois collé étiquette fasciste/facho sur les réseaux sociaux. » Vous avez peut-être remarqué, mais moins il y a de mouvements fascistes, plus certains voient des fascistes partout. Parce qu’ils ne savent pas ce qu’est un fasciste – puisqu’ils n’en ont jamais vu – et en ont une définition très simpliste et englobante.

Une autre définition qu’on m’a proposée ce rapprochait un peu de la première mais elle reste tout de même plus permissive. Pour ces gens-là un fasciste c’est quelqu’un qui a une attitude totalitaire ou de censeurs envers ses opposant. Ils chercheraient à museler l’opposition. Cette définition est à l’origine des phrases comme « les antifas sont les vrais fascistes » car certains antifas ont tendance à vouloir faire taire leurs opposant par des moyens violents physiquement ou socialement. Cette définition est très vague et englobe pas mal d’idéologies et soulève moult questions, puisqu’elle définit une idéologie non sur ses doctrines ou sur son rôle dans un contexte historique donné… mais sur ses méthodes.

On a un cas encore pire que ceux qui donnent une définition extra-large du fascisme : les gens incapables de donner leur définition, même large, du fascisme. Et qui utilisent quand même ce terme. On a deux beaux exemples de cela.

On a par exemple cet extrait de la vidéo d’El Rayhan intitulée C’est quoi un facho ? et je vous invite à regarder la vidéo dans son entièreté d’ailleurs, c’est assez rigolo.

 

 

La jeune femme qui parle affirme d’abord que le mot « facho » lui évoque LE MAAAAAL pas loin même du MAL ABSOLU. Pour l’instant pas de problème après tout elle pense ce qu’elle veut, si la stupidité était interdite ça ferait beaucoup d’amendes à distribuer. Mais dans la deuxième partie elle se retrouve incapable de définir ce qu’est un facho. Cela pose un énorme problème car si elle est incapable de définir ce terme qui pour elle représente LE MAL (quasi absolu !) n’importe qui peut être un facho. N’importe qui peut représenter LE MAL (quasi absolue je le rappelle). Et si vous êtes LE MAL pourquoi vous laisser la parole ? Bref vous pouvez comprendre où peuvent mener ce genre d’interprétations débiles.

Autre exemple de définition foireuse qui pourrait mener à des comportements dangereux si les personnes ayant ces idées pesaient plus de 60 kilos :

 

 

Cette personne dit qu’il faut casser la gueule aux fachos mais esquive, consciemment ou pas, quand on lui demande sa définition de « facho ». Encore une fois à peu près tout le monde peut être un « facho », c’est-à-dire LE MAL ABSOLU et donc à peu près tout le monde pourrait se faire péter la gueule au nom de la lutte contre LE MAL.

Cette personne étant incapable de mettre les mots sur leur définition de « fascisme » je vais le faire pour eux. Je vais définir à leur place ce qu’ils veulent dire. Selon moi ces gens-là appellent « fasciste » toute personne prenant position contre leurs idées qui sont généralement celles de la gôche actuelle, ou plus particulièrement de leur gauche. Toute personne critiquant leurs dogmes est un « facho » ou parfois un « rouge-brun ». Plus largement, le terme « facho » désigne toute personne appartenant à la « fachosphère ».

Et de ce fait ce que l’on appelle « fachosphère » (à noter que ladite fachosphère s’est appropriée le terme pour se définir) est toute personne s’opposant à ces idées. Et c’est pour ça que la « fachosphère » est un milieu assez peu homogène c’est un gros fourre-tout. On trouve des néoconservateurs, des soraliens, des réactionnaires, des ultralibéraux, des néonazis, des pétainistes, des ex-communistes encore pas mal rouges, des kheys du 18-25 peu politisés, des lepénistes, des frexiteurs, des nationalistes blancs européistes, des pro-Likoud, des antisionistes, etc. Et comme dit plus tôt ces accusations vont souvent de paire avec des accusations de racisme, sexisme, homophobie, etc… Parce qu’évidemment, tout ça c’est vendu par pack. De plus, la fachosphère n’est pas une idéologie. C’est une « sphère » virtuelle, comme son nom l’indique. Il suffit juste donc de trop « fréquenter » virtuellement des gens qui y sont assimilés pour être un fasciste vous aussi ! Dans ce paradigme, le fascisme n’est plus une opinion mais une culpabilité contagieuse.

À propos de l’auteur

Un mec qui aime bien son pays et qui déteste la connerie
Ce qui me classe sur twitter comme membre de la super méga ultra droite fasciste.

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2 commentaires

  1. Un article intéressant pour les ignorants du net mais peu pour ceux ayant déjà un peu étudié le sujet 🙂 !

    Cependant, si vous proposez de lire Emilio Gentile, comptez-vous parler aussi du concept de  » Religion Politique  » ?
    C’est assez central chez lui il me semble, le marxien Ellul en parle aussi au sujet du marxisme.
    J’ai d’ailleurs une citation de celui-ci dans un fichier :  » Le marxisme a remplacé le Jardin d’Éden par le communisme primitif, la Chute par le régime capitaliste, le péché par l’aliénation économique, le Messie par le prolétariat, la Rédemption par la révolution, la Parousie par la société communiste à venir.  »

    Capitaliste, libéral, marxiste-léniniste, anarchisme, fascisme… le sentiment religieux ou sacralisant se trouve partout et est de plus en plus présent. En parler serait instructif.

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